C’est : d'abord cette fierté arrogante d’avoir découvert Reservoir Dogs à sa première séance française, ce choc électrique devant un film qui, malgré des décors étriqués et un petit budget , explose d’une richesse inouïe. Tarantino ne cherche pas à remplir l’écran de grands paysages ou d’effets tape-à-l’œil, il compresse toute sa puissance dans un entrepôt sordide, une voiture qui roule, un café miteux. L’exiguïté des lieux devient une force, elle concentre la tension, elle oblige les personnages à se confronter, elle transforme chaque réplique en coup de poing, chaque silence en menace. C’est cette alchimie diabolique entre la banalité des sujets et la gravité des enjeux. Tarantino sait que le vrai suspense naît des silences entre les répliques, des regards fuyants, des détails qui ne collent pas. Les dialogues ne servent pas à avancer l’intrigue, ils sont l’intrigue. Ils créent une tension sourde, une paranoïa qui monte.
Tarantino ne remplit pas pour remplir, il laisse le temps à la brutalité de s’installer, à l’angoisse de monter, à l’absurdité de la violence de devenir palpable. Les scènes s’étirent, les plans s’attardent, et ce qui permet à la violence d'être si déchirant, parce qu’on l’a senti venir, parce qu’on a eu le temps de la redouté, parce que le film, comme ses personnages, prend son temps avant de frapper.
Et surtout, c’est : cette manière qu’a Tarantino de transformer des dialogues en apparence anodins en duels mortels, où chaque mot, chaque intonation, chaque hésitation devient une question de vie ou de mort. Reservoir Dogs est un film où l’on parle pour ne rien dire et où, pourtant, tout compte.