Le Récupérateur de cadavres (The Body Snatcher)
C’est : Édimbourg la lumineuse du XIXe siècle, ville où la science naissante se heurte aux ombres d’un monde préscientifique, où les codes moraux étouffants obligent les pionniers à ruser, à exagérer, à enfreindre les règles pour faire avancer la connaissance. Les médecins, les étudiants, les voleurs de cadavres ne sont pas seulement des voleurs, ce sont des entrepreneurs du macabre, des hommes qui transforment la mort en opportunité, c’est l’histoire d’une Écosse où l’esprit capitaliste infuse jusqu’aux activités les plus sombres, où l’on brave les tabous pour prospérer.
Et puis, il y a Bela Lugosi, dont la présence seule incarne cette dualité. Son jeu, à la fois théâtralement ancré dans le XIXe siècle (gestes amples, regards perçants, voix grave et mélodramatique) et étrangement moderne, porte en lui la symbolique du XXe siècle cinématographique. Il est le pont entre deux époques, un méchant qui semble tout droit sorti d’un cauchemar romantique, mais dont la menace, la sensualité et l’aura mystérieuse préfigurent les monstres du cinéma à venir. Lugosi, c’est la peur et la fascination, le passé qui hante le présent, un maniérisme qui devient, sous les projecteurs, une icône intemporelle.
Et surtout c'est : cette Écosse où la science doit se faire dans l’ombre, où le progrès vue que par une minorité naît de la transgression.


