Le Cercle rouge
C’est : cette scène du delirium tremens, vue enfant qui m’a marqué à jamais, ces animaux fantomatiques sortant du placard d’Yves Montand, dans un silence glaçant, comme si la folie elle-même était une créature muette, rampante, plus terrifiante que n’importe quel cri, ce vide sonore, cette immobilité tendue où chaque ombre semblait respirer.
Et puis, il y a Bourvil. Lui, l’homme au rire si familier, si rassurant, joué ici sans une once de comédie, le visage fermé, les gestes lourds de fatigue et de résignation. Le voir ainsi, dépouillé de sa légèreté, avait quelque chose de sacrilège et de bouleversant comme si Melville avait volé son âme pour en faire un fantôme trainant sa mélancolie comme un boulet.
Et surtout, c’est : ce mélange d’enfance et de maturité qui me saisit, l’émerveillement terrifié de l’enfant devant les monstres silencieux, et la compréhension adulte de cette beauté sombre.


